En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)

tibetIl y a les minorités menacées, il y a les minorités qui ont un pouvoir terrifiant, il y a les majorités écrasantes, flot de Panurge moutonnant, qui gouvernent la planète, souvent pas à très bon escient…Où est la juste part des choses? Comme disait Freud, mais sur un tout autre plan et registre, qu’est-ce que la normalité? Normalité peu fiable quand on observe, consternés et impuissants, la furieuse et aveugle vague qui sévit partout dans le monde, allant de l’intolérance la plus violente au fanatisme le plus fou, en passant par le racisme et le sexisme les plus odieux, ramenant l’homme à des dimensions bien peu civilisées et
valorisantes…

Petit préambule pour parler d’un livre qui jette la lumière sur une «minorité» perdue dans cette grande masse des vastes espaces, Les chrétiens oubliés du Tibet (Presses de la Renaissance – 317 pages).

«Coupés du monde depuis plus de cinquante ans aux contreforts du Tibet, dans les vallées de la Salouen et du haut Mékong, dix mille catholiques tibétains attendent le retour des missionnaires.» Voilà une phase de la conclusion à méditer longuement, dans un opus aux préoccupations profondément contemporaines et surtout chrétiennes. L’auteur de l’ouvrage est André Bonet, que les lecteurs francophones président du Centre méditerranéen de littérature de Perpignan, secrétaire général des Prix Méditerranée et Spiritualités d’aujourd’hui, membre du Conseil supérieur de la langue française, André Bonet est l’auteur d’ Une vie du saint curé d’Ars et d’Une vie de sainte Rita. En devanture des librairies, c’est là un ouvrage percutant à garder sous les feux de l’actualité pour son sujet et l’intérêt brûlant qu’il suscite.

Préfacé par Mgr Benoît Vouilloz, avec un avant-propos de J.B. Etcharren (supérieur général des Missions étrangères de Paris) et une introduction signée Jean-Luc Moreau-Deleris, cet ouvrage allie, en toute simplicité et clarté, l’histoire à l’analyse d’un vécu à la fois passionnant et bouleversant: celui d’une mission peu connue à l’autre bout du monde. En exergue, ces deux phrases, la première de sainte Thérèse de Lisieux: «Je voudrais avoir été missionnaire depuis la création du monde et continuer de l’être jusqu’à la consommation des siècles», et la seconde de Tertullien (tirée De la pudeur): «On ne devient pas chrétien de païen
qu’on était sans avoir été d’abord perdu, puis cherché par Dieu et rapporté par le Christ.» Citations judicieuses qui jettent la lumière sur les propos et l’entreprise de l’auteur qui voudrait surtout parler de la présence du Christ dans le monde, de la force et de la beauté de l’évangélisation dans un siècle au délire total où des valeurs s’écroulent avec fracas et où le salut de l’homme, sans Dieu, semble sans issue..

Témoignage et réflexion sur l’évangélisation…

Des premières missions aux rares chrétiens qui peuplent encore le Tibet, l’auteur retrace, avec une documentation fournie et précise, l’histoire méconnue de ceux qui tentèrent d’évangéliser le Toit du monde.

D’abord le Vatican confie à la Société des missions étrangères de Paris la charge de «porter la croix» dans le Yunnan, relief montagneux particulièrement hostile. Les Français furent rapidement rejoints par des Suisses de la congrégation du Grand-Saint-Bernard, rudes gaillards spécialisés du ski, de l’escalade et du secours en montagne. Mais ils se heurtent à l’hostilité et aux mœurs féodales des chefs locaux et des lamas. Entre 1854 et 1952, une soixantaine de pères vont ainsi se succéder avant d’être définitivement chassés.

Parmi les figures marquantes de ce mouvement, André Bonet s’attache tout particulièrement au chanoine Maurice Tornay: chassé de sa paroisse de Yerkalo, il se rend à Lhassa dans l’espoir d’obtenir du dalaï-lama un édit de tolérance et de protection. Arrêté dans une embuscade à 4000 mètres d’altitude, il fut assassiné avec son domestique. Maurice Tornay a été béatifié par Jean-Paul II le 16 mai 1993.

Ce sont ces événements, ces portraits vivants et ces faits historiques qui sont rapportés dans ce livre, avec un précieux talent d’historien et de narrateur, magnifiant le sens de l’amour du prochain, du martyr chrétien et du message d’amour de Dieu. Un livre tonifiant pour être dans la grâce de Dieu et retrouver le sens d’une vie. D’ailleurs les premières phrases de l’ouvrage sont celles des dernières paroles du Christ, selon l’Évangile de Mathieu: «Jésus dit à ses disciples:“ J’ai reçu pleine autorité au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du père et du fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.”»

Épopée tragique, personnages hors du commun à la simplicité confondante, révélation sur le combat de certains au service du peuple de Dieu pour prêcher la parole du Christ, voilà une magistrale leçon de courage, de dynamisme et d’héroïsme grandiose. Voilà les grands traits de ce livre qui illustre avec éclat et dévotion la prière du grand missionnaire Paul de Tarse: «Que la grâce fasse surabonder, par une communauté accrue,l’action de grâce pour la gloire de Dieu.»

Dans un style clair et vibrant, restent l’émouvant portrait et le parcours exposé à tous vents «d’hommes à la foi de granit.» Une lecture certes édifiante en toute saison, mais fort à propos en cette sainte époque pascale.

Edgar Davidian

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