En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)

C’est une « première » depuis près de six cents ans : vendredi 26 décembre, la marine chinoise a envoyé trois bâtiments – deux destroyers et un navire de ravitaillement – loin de ses eaux territoriales dans le cadre d’une mission internationale destinée, sous patronage de l’ONU, à lutter contre la piraterie dans le golfe d’Aden. Jamais, depuis les expéditions du célèbre amiral Zheng He, sous la dynastie des Ming, des bateaux de la marine de l’empire du Milieu ne s’étaient risqués si loin. Deux cuirassés et un navire de ravitaillement ont quitté une base navale du sud de l’île de Hainan avec pour mission de croiser au large de la Somalie et de la Corne de l’Afrique, zone infestée de pirates.

Sur la centaine de bateaux attaqués cette année dans le golfe d’Aden, sept étaient chinois. Le dernier assaut remonte au 17 décembre. Un navire de 60 000 tonnes battant pavillon de la République populaire a été attaqué. Les marins du MV Zhenhua ont repoussé l’assaut et ont été secourus par une frégate malaisienne.

La situation dans cette partie de l’océan Indien explique l’engagement de Pékin, soucieux que soit assurée la sécurité de ces zones maritimes stratégiques par où transite la plupart du fret mondial. Un amiral chinois, Xiao Xinnian, a déjà prévenu : « Si nos vaisseaux sont attaqués, ils se défendront ! » La mission de la marine chinoise, dans laquelle un millier d’hommes ont été mobilisés, devrait durer trois mois. Le Conseil de sécurité des Nations unies a donné à plusieurs pays un mandat d’un an pour contrer la piraterie dans la région.

Les experts remarquent que la décision chinoise de participer à cette opération multinationale montre que Pékin entend ne plus limiter sa stratégie de défense maritime dans son pré carré habituel, le long de ses côtes et autour d’archipels contestés avec plusieurs de ses voisins, en mer de Chine du sud.

AMBITION DE LA MARINE CHINOISE

Au début du XVe siècle, l’amiral Zheng He, un eunuque de religion musulmane originaire du sud-est de la Chine, avait été chargé par l’empereur Ming Yongle de mener sept expéditions au-delà des mers. A partir de 1413, les jonques de Zheng, qui transportaient une vingtaine de milliers de marins, cinglèrent jusqu’à Ormuz, Aden, Djedda et Mogadiscio. L’historien Jacques Gernet souligne dans son Monde chinois, (Armand Collin, 1972) que ces expéditions permirent à l’empire « d’acquérir un très grand prestige dans toutes les mers d’Asie orientale et dans l’océan Indien. La supériorité de la marine chinoise explique la disparition presque totale, dans la première moitié du XVe siècle, des pirates japonais. »

L’engagement au large des côtes somaliennes démontre que l’ambition de la marine chinoise, des siècles après qu’elle eut cessé d’être la plus puissante de l’Asie, est désormais une réalité. Le 23 décembre, le ministère chinois de la défense a indiqué que la Chine est en train de considérer sérieusement la construction d’un porte-avions. Le porte-parole Huang Xueping a déclaré que « les porte-avions sont la démonstration de la force nationale ainsi que la capacité d’un pays de prouver sa compétitivité en matière navale ». Le quotidien hongkongais The South China Morning Post a cité récemment une source militaire chinoise anonyme expliquant qu’un porte-avions était en fait déjà en cours d’assemblage à Shanghai. Selon un observateur des questions militaires basé à Macao, Antony Wong Dong, cité par la presse hongkongaise, « la Chine a réalisé des avancées sensibles dans ce projet. Pékin vient notamment d’acquérir des avions de chasse adaptés à l’atterrissage sur un porte-avions. »

Pour lui, la mission en Somalie n’est peut-être pas dépourvue d’arrière-pensées : « Les destroyers envoyés dans le golfe d’Aden sont surqualifiés pour une telle opération. Je pense que les Chinois veulent tester ces bateaux, sans doute les meilleurs dans leur catégorie, dans le cadre de leur future intégration à une opération de soutien au déploiement d’un porte-avions. »

Article de Bruno Philip extrait du journal Le Monde

VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 0 (from 0 votes)
Share Button

Une réponse à Des navires chinois se dirigent vers les côtes somaliennes pour lutter contre les pirates

  • De Somalie, on peut remonter le golfe d’Aden, franchir le détroit en direction de Suez et aller montrer ses biceps aux étasuniens et autres roastbef, lesquels s’intéresent beaucoup au Soudan et à … son pétrole, lequel est déjà l’objet du plus grand intérêt de la part de la Chine.

    La lutte contre la piraterie ( à qui profite le crime ? ) sent surtout le pétrole.

    VA:F [1.9.22_1171]
    Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
    VA:F [1.9.22_1171]
    Rating: 0 (from 0 votes)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Connexion
Art. récents
octobre 2014
LMaMeJVSD
« sept  
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 
Archives