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Pierre Piccinin à propos de la Syrie (16 janvier 2012)

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Dette publique et création monétaire privée : instruments du pouvoir financier

Les marchés financiers continuent à jouer avec le sort de l’Euro, de l’Europe et de la Grèce en pesant sur la dette publique de cette dernière. Or, la dette issue des prêts des banquiers et actionnaires privées est un instrument de contrôle adémocratique et néolibérale de l’économie des Etats et des peuples.

LA DETTE PUBLIQUE : LE POUVOIR DES FINANCIERS SUR LES ETATS

Les politiques d’austérité néolibérales favorisent les rentiers et les spéculateurs. Attac France explique que « Tout comme l’accroissement de la dette ne date pas de la crise, les politiques actuelles d’austérité et de rigueur, certes aggravées, s’inscrivent dans une certaine continuité. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner les grandes orientations de politique économique (GOPE dans la novlangue européenne) adoptées à l’échelle européenne par les gouvernements européens depuis deux décennies. La Stratégie de Lisbonne (2000-2010) adoptée à l’échelle européenne invitait les États membres, au nom de la « lutte contre l’inflation », à mettre en place une politique active de « modération salariale ». Désignées comme la principale cause de l’endettement public, les dépenses publiques devaient elles aussi être réduites. En d’autres termes, il s’agissait de « modérer » les salaires, de sabrer les budgets publics et la protection sociale. Le traité de Maastricht et le Pacte de stabilité prescrivent explicitement aux États de lutter contre l’inflation et l’endettement. De telles politiques néolibérales, entreprises depuis des décennies, ne sont pas pour autant l’apanage de l’Union européenne. Les G8 et G20, FMI, Banque mondiale, OMC ont fait de la rigueur budgétaire et du libre-échange leur fonds de commerce dans le monde. Les politiques d’austérité consistent à réduire les dépenses publiques sociales (pour garantir le remboursement prioritaire de la dette et de ses intérêts aux banques et fonds spéculatifs), à réduire les salaires ( mais pas ceux du patronat) ».Les marchés financiers sont placés aux commandes des politiques étatiques. « En interdisant à la BCE de financer les déficits publics, l’orthodoxie de la politique monétaire européenne définie dans le traité de Maastricht (1992) a conduit les États et l’UE dans la main des marchés financiers. Non seulement elle permet aux marchés financiers de prélever des intérêts importants sur les budgets publics au titre du service de la dette, mais cela a aussi laissé libre cours à la spéculation financière, et à un chantage de nature politique sur la gestion des budgets : « qui paye décide… ». C’est pour « rassurer » leurs créanciers (et conserver la note AAA attribuée par les agences de notation) que les États ont imposé l’hyper-austérité dans toute l’Europe, à commencer par la Grèce en 2010 » [1].

Une dette publique excessive est un instrument d’enrichissement des plus riches. L’accroissement de la dette est notamment lié à une baisse des recettes de l’État. Cela est notamment du aux cadeaux fiscaux faits aux entreprises et aux ménages les plus riches, depuis environ un quart de siècle (…) », poursuit l’association Attac. « Ces mesures ont mis à sec les finances publiques » [2].

« Mais ce n’est pas tout » poursuit Alain Bihr. « En ne versant pas leur dû, en travaillant à creuser ainsi la dette publique, les mêmes s’enrichissent souvent une deuxième fois. Car, en contribuant ainsi à créer un déficit public et à creuser, année après année, la dette publique, ils se mettent aussi en position de se rendre créanciers de l’Etat par l’intermédiaire des banques, des compagnies d’assurance, des fonds de placement, etc., qui centralisent leur épargne et qui la placent en titres de la dette publique. Si bien que la dette publique est ce merveilleux mécanisme qui permet de convertir des impôts qu’on ne paie pas et des cotisations sociales qu’on ne verse pas en un capital financier qui rapporte intérêt » [3]. Selon l’Insee, « ce sont ainsi 54,6 Mds Euros d’intérêts que les administrations publiques auront versés à leurs créanciers en 2008, soit en gros l’équivalent de l’impôt sur le revenu perçu cette année-là. Grâce à ce merveilleux mécanisme contre-redistributif qu’est la dette publique, l’intégralité de l’impôt sur le revenu des Français est passée dans la poche des créanciers des administrations publiques (…). Mais le creusement de la dette publique résulte aussi de l’incapacité des gouvernants à contenir les dépenses publiques (…), notamment parce qu’il serait politiquement difficile voire dangereux de déclarer par exemple que l’on va purement et simplement supprimer l’école publique et l’hôpital public pour les remplacer par des écoles et des cliniques privées ou encore que l’on va abolir l’assurance-maladie ou l’assurance vieillesse. La manœuvre consiste depuis des lustres à asphyxier financièrement les administrations publiques pour justifier d’ores et déjà la dégradation des prestations qu’elles assurent au public (moins d’instituteurs dans les classes, moins de services, de médecins et d’infirmiers ou d’infirmières dans les hôpitaux, déremboursement en rafale de médicaments, baisse programmée des pensions de retraite, etc.), jusqu’au moment où la dette publique sera telle que, sous la menace de la faillite générale de l’Etat et des organes de protection sociale, on pourra imposer les privatisations intégrales tant souhaitées. Tout en continuant à enrichir les plus riches, la dette publique sert ainsi à appauvrir progressivement les plus pauvres, ceux qui sont précisément les plus dépendants de l’accès aux équipements collectifs et services publics comme de la redistribution des revenus qui s’opère par leur biais, jusqu’à finir par les ruiner. Si l’on veut mettre fin à une pareille dérive catastrophique – car c’est là la seule et véritable catastrophe que représente la dette publique -, deux revendications et objectifs s’imposent. D’une part, la récusation pure et simple de la dette publique qui ne fera que corriger l’iniquité qui a prévalu au cours des décennies précédentes dans la répartition de la charge des dépenses publiques entre les différentes catégories de la population. D’autre part, une augmentation substantielle des prélèvements obligatoires frappant le capital ainsi que le revenu et le patrimoine des ménages riches et aisés, doublée d’une politique de remise à niveau et de développement des équipements et des services publics, le tout sous le contrôle de leurs salariés et de leurs usagers » [4].

Les objecteurs de croissance se rapprochent de l’approche des keynésiens, mais en la réorientant. Ces derniers préconisent d’utiliser le pouvoir de création monétaire public, en relançant l’économie, grâce à des emprunts publics des pouvoirs publics auprès des banques publiques. Cette dette publique ainsi créée est ensuite rapidement remboursée avec intérêt à ces mêmes banques publiques. Or ces dernières appartiennent au peuple de ce pays donc leurs bénéfices sont utilisés pour ceux-ci et non au profit des actionnaires, banquiers privés ou autres rentiers. Les décroissants reprennent cette approche, mais ils orientent les investissements financiers dans des activités de croissance sociale, sanitaire, culturelle et écologique, n’accroissant pas l’empreinte écologique par individu et ne puisant pas dans les ressources non renouvelables.

LE POUVOIR DE CREATION MONETAIRE PRIVE : LE VOL LEGAL D’UN BIEN PUBLIC

Actuellement, nous n’utilisons presque plus d’argent « fiduciaire », c’est-à-dire des billets et les pièces frappées par les Etats, mais de la monnaie scripturale matérialisée par les chèques et la monétique créée par les banques elles-mêmes. Maurice Allais, prix Nobel d’Économie, explique que « fondamentalement, le mécanisme du crédit aboutit à une création de moyens de paiements ex nihilo [(à partir de rien] (…). À chaque opération de crédit, il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme de crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture » (Maurice Allais, 1999 : 63) [5]. Ainsi, les banquiers s’enrichissent avec de l’argent qu’ils n’ont pas entièrement, mais l’emprunteur privé ou public (l’Etat), doit néanmoins rembourser. Pour être plus précis, les banques privées ne peuvent en fait créer qu’environ 8 à 9 fois plus d’argent qu’elles n’en disposent réellement. C’est-à-dire que lorsqu’une ne banque privée dispose de 1 million d’euros, elle détient le droit prêter 8,5 millions d’euros en les proposant en crédit. Maurice Allais déclare que « dans son essence la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique (…) à la création de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents » (Allais, 1999 :110). C’est pourquoi l’industriel Henri Ford déclara : « si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin ».

Si le président Pompidou n’avait pas supprimé en 1973 le droit régalien de l’Etat français d’émettre la monnaie, les contribuables français n’auraient pas à rembourser 40 à 50 milliards d’euros d’impôts chaque année et la dette publique française serait totalement remboursée depuis 2006 ! estime Holbecq. Cet argent vient donc enrichir les banquiers et autres créanciers privés, alors que si le gouvernement français était en droit d’emprunter sans intérêt via sa Banque centrale publique, la dette publique aurait disparu en 2008 (Holbecq, 2008) [6].

Magrit Kennedy a ainsi calculé que les prix payés par les consommateurs sont constitués entre 40-45 % du seul poids des intérêts. Par conséquent, le pouvoir des financiers privés ne s’exerce pas seulement par la plus value sur les salaires, mais aussi très largement sur la consommation (Kennedy, 1996) [7].

C’est pourquoi, à la suite de la déclaration de Thomas Jefferson, M. Phillip A. Benson, Président de l’association American Bankers’ Association, déclarait le 8 juin 1939, qu’ « il n’existe pas de moyens plus efficaces pour prendre le contrôle d’une nation que de diriger son système de crédit (monétaire) ». William Lyon Mackenzie King, ex-premier ministre du Canada renchérissait : « jusqu’à ce que le contrôle de l’émission de devises et de crédit soit restauré au gouvernement et reconnu comme sa responsabilité la plus flagrante et la plus sacrée, tout discours sur la souveraineté du Parlement et la démocratie est vain et futile…Une fois qu’une nation abandonne le contrôle de ses crédits, il n’importe plus qui fait ses lois…L’usure, une fois aux commandes, coule n’importe quelle nation ».

Aux Etats-Unis, ce fait se manifeste de manière relativement analogue. De 1861 à 1913, l’Etat américain disposait du contrôle de l’émission et de la circulation d’une monnaie sans intérêts. Mais le président du pays, Woodrow Wilson, signa l’acte de la Réserve fédérale du 23 décembre 1913, le transformant en loi. Ainsi, la propriété et le pouvoir de décision et la capacité de création monétaire de la réserve fédérale (la Banque centrale) passait du Congrès des Etats-Unis, composé des élus du peuple, aux plus puissantes banques privées américaines. Woodrow Wilson, président des Etats-Unis de 1913 à 1921, déclara ensuite « La croissance de notre nation, en conséquence, ainsi que toutes nos activités, sont entre les mains de quelques hommes. Nous en sommes venus à être un des gouvernements les plus mal dirigés du monde civilisé, un des plus contrôlés et dominés, non pas par la conviction et le vote de la majorité mais par l’opinion et la force d’un petit groupe d’hommes dominants » c’est-à-dire les banquiers privés. Selon Eric Samuelson, depuis novembre 1997, la Banque new-yorkaise de la Réserve fédérale détient la majorité des actions. Cette dernière est sous la propriété majoritaire de la Chase Manhattan Bank appartenant aux Rockefeller avec 32,35% des actions et de la Citibank à 20,51%. Ces deux banques privées contrôlent donc à elles seules la FED, qui est censée être un bien public aux Etats-Unis (Carmack, 2007) [8].

Contre ce type de dérive, Maurice Allais estime que « la création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire » (Allais, 1999 : 95). Selon A.-J. Holbecq : “ Toute la monnaie nécessaire au développement de l’économie doit être produite par la Banque centrale européenne (BCE) (…) et tous les intérêts de toute la monnaie créée dans le passé par les banques commerciales et par la BCE doit revenir aux États de la zone euro et donc à la population… C’est certainement plus de 350 milliards d’euros par an ” à l’échelon européen » (Holbecq, 2008).

LE POUVOIR HISTORIQUE DES BANQUES SUR L’ETAT FRANCAIS

Les banquiers financent le coup d’Etat de Napoléon en échange de la création monétaire privée. En Europe, on estime l’origine de la Banque moderne au 17e siècle avec la création des premières banques centrales. Sans doute après avoir reçu de l’argent des banquiers, Napoléon Bonaparte (1769-1821) confessait que : « lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. […] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain ». Celui-ci savait ce qu’il disait, car ce sont un ou des banquiers qui avaient financé le coup d’état de Napoléon contre l’acceptation des statuts d’une nouvelle banque qui progressivement se verraient octroyer le monopole de l’émission de la monnaie. Jean-Pierre Collot (1764-1853) est un financier et « aurait prêté 800 000 francs-or pour financer le coup d’Etat de brumaire », et il deviendra ensuite « directeur de fabrication de la Monnaie de Paris sous la Restauration » [9].

« Fondée le 13 février 1800, quelques semaines seulement après le coup d’Etat, la Banque de France, devient une société privée par actions dirigées par des régents ». Elle reçoit alors le monopole de l’émission de la monnaie de papier en 1803 [10]. Les 200 membres de son Assemblée générale avaient ainsi le pouvoir de désigner 15 membres du Conseil de régence de la Banque de France [11].

Amchel Mayer Rothschild (1743-1812), dont la famille siégeait parmi les régents de la Banque de France et prospérait déjà depuis des dizaines d’années grâce à ses banques privées affirmait ainsi : « donnez-moi le contrôle sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois ». Thomas Jefferson, le troisième président des Etats-Unis, déclara aussi à ce propos : “ Je crois sincèrement que des institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos privilèges que des armées institutionnelles. Déjà ils ont élevé au sommet une riche aristocratie qui a défié le Gouvernement. Le pouvoir d’émission devrait être pris aux banques et redonné au peuple à qui il appartient” [12].

Les banquiers privés placent leurs hommes au cœur des Etats et privatisent à nouveau la création monétaire. George Pompidou, avant d’être président de la République était un banquier, de 1945 à son élection comme président de la République en 1969. Pompidou exercera des fonctions au sein du gouvernement français tout en continuant durant plusieurs périodes à travailler au service de la banque Rotschild 1954 à 1958 et de 1959 à 1962. Le 8 janvier 1959 il devient Directeur général de la Banque Rothschild. Pourtant, il sera néanmoins nommé en mars 1959 au Conseil constitutionnel où il siégera jusqu’en 1962. On observe donc à nouveau un grave manque d’indépendance entre les intérêts de l’Etat français et ceux des intérêts privés des banques. Puis la banque de France a été nationalisée en 1945 par le Général de Gaule, donc durant cette période l’Etat retrouve le contrôle sur le crédit et sur la monnaie. Mais le président Pompidou, l’homme des banquiers de l’époque, ne l’entend pas de cette oreille. L’article 25 de la loi du 3 janvier 1973, de Pompidou et Giscard d’Estaing, ’interdit au Trésor public d’être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France’. L’Etat français bascule donc à nouveau sous l’emprise financière directe des banquiers privés.

Thierry Brugvin, Membre du conseil scientifique d’Attac

[1] ATTAC FRANCE, L’Union européenne à genoux devant les marchés, 4 pages, mars 2011.

[2] Ibid.

[3] BIHR Alain, La novlangue néolibérale, Page deux, Lausanne, 2007.

[4] BIHR Alain, Que cache la croissance dette publique ? , CATDM, Déc. 2009

[5] ALLAIS Maurice, 1999, La Crise mondiale d’aujourd’hui. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Ed. Clément Juglar.

[6] HOLBECQ André-Jacques, DERRUDER Philippe, 2008, La dette publique, une affaire rentable A qui profite le système ? Yves Michel, 157 p.

[7] KENNEDY Magrit, 1996, Libérer l’argent de l’inflation et des taux d’intérêts , Editions Vivez Soleil.

[8] CARMACK Patrick S. J. , The Money Masters : How International Bankers Gained Control of America, 2007.

[9] MONNAIE DE PARIS, Fondation Dosne-Thiers-Institut de France, juillet 2004, « Napoléon, profil de médaille…Profil de communicant », Catalogue de l’exposition, Ed. Monnaie de Paris.

[10] MARSEILLE Jacques, Novembre 2004, « Napoléon, ses batailles économiques », L’Expansion Numéro 691.

[11] WOLFF Jacques, septembre-octobre 1995, « La belle époque du capitalisme », Historia, numéro spécial n°37.

[12] JEFFERSON Thomas, ”Thomas Jefferson à John Taylor, Monticello, 28 Mai 1816”, in Ford, Paul Leicester, Les écrits de Thomas Jefferson. New York : GP Putnam’s Sons, 1892-99, 10 vols.

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